December 17, 2021
L’honorable Chrystia Freeland
Vice-première ministre et ministre des Finances
Chambre des communes
Ottawa (Ontario) K1A 0A6
Copie conforme : L’honorable Randy Boissonnault, ministre du Tourisme et ministre associé des Finances
Madame la vice-première ministre Freeland,
En tant que membres du Groupe de travail canadien sur les batteries, nous vous écrivons afin de partager notre point de vue sur les mesures nécessaires pour permettre au Canada de concurrencer sur le marché mondial en rapide croissance des véhicules électriques à batterie. Veuillez considérer cette lettre comme nos recommandations prioritaires pour le budget fédéral de 2022.
Le Groupe de travail canadien sur les batteries est une coalition dirigée par l’industrie, créée pour faire progresser l’industrie nationale des batteries. Nous réunissons des experts de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement des batteries — y compris l’exploitation minière, la fabrication de batteries, les pièces et l’assemblage de véhicules, le travail, le milieu universitaire et le recyclage des batteries. Notre objectif est d’aider à orienter les politiques et les programmes afin de soutenir le développement de la chaîne d’approvisionnement des batteries, de maximiser leur impact et de positionner le Canada comme chef de file dans la production de matériaux et de technologies de batteries durables, la création d’emplois de qualité et le développement économique inclusif.
Le Groupe de travail est coprésidé par Clean Energy Canada, un groupe de réflexion basé à l’Université Simon Fraser axé sur l’accélération de la transition énergétique propre, et Accelerate, la nouvelle alliance canadienne de la chaîne d’approvisionnement des véhicules zéro émission.
Le gouvernement du Canada reconnaît clairement l’importance de la fabrication de véhicules électriques et de batteries pour la prospérité future du pays. Bien que l’avantage « des mines à la mobilité » du Canada soit reconnu, les efforts visant à soutenir les projets tout au long de la chaîne d’approvisionnement ont été insuffisants au regard de l’ampleur de l’occasion et de la rapidité avec laquelle d’autres pays se mobilisent pour en tirer parti.
Nous comprenons que le Canada évolue également dans un contexte difficile de relations commerciales avec les États-Unis, ces derniers proposant des crédits d’impôt pour véhicules électriques « Buy American » qui auront un impact négatif sur les travailleurs de l’automobile canadiens et sur les perspectives du pays d’attirer de nouveaux investissements liés aux véhicules électriques et aux batteries.
Le Groupe de travail canadien sur les batteries propose que le gouvernement adopte une approche à deux volets qui :
Poursuit la promotion d’une stratégie nord-américaine reconnaissant la nature profondément intégrée de nos chaînes d’approvisionnement, et vise à bâtir ensemble une industrie des véhicules électriques et des batteries de calibre mondial qui tire parti des forces de chaque pays afin de concurrencer à l’échelle mondiale; et
Fait progresser de manière agressive des mesures « sans regret » pour renforcer les capacités de la chaîne d’approvisionnement nationale des batteries afin de consolider la position de négociation du Canada.
Cette approche positionnerait le Canada comme un partenaire significatif dans la transformation plus large de la chaîne d’approvisionnement nord-américaine des véhicules électriques et des batteries, et accroîtrait la réceptivité des États-Unis aux préoccupations du Canada concernant les dispositions « Buy American » proposées.
Afin de maximiser les occasions à court terme dans le domaine des batteries et de renforcer notre position lors des échanges avec les États-Unis, le Groupe de travail canadien sur les batteries recommande ce qui suit.
I. Veiller à ce que le Fonds pour l’accélérateur net zéro soit à la hauteur de l’occasion que représentent les batteries pour le Canada
Au Canada, le discours public s’est concentré sur l’importance d’obtenir une installation de fabrication de cellules de batteries à grande échelle. Bien que cela soit essentiel, il existe d’importantes occasions dans les segments en amont et intermédiaires de la chaîne d’approvisionnement qui nécessitent l’attention du gouvernement. Benchmark Minerals Intelligence, une agence indépendante de publication de prix, a indiqué que la plus grande occasion de création de valeur pour le Canada réside dans le développement de capacités intermédiaires alimentant les fabricants régionaux. Le gouvernement doit également continuer à rechercher activement des occasions d’investir dans la capacité nationale d’assemblage de véhicules zéro émission et de la développer afin de stimuler la fabrication de composants tout au long de la chaîne d’approvisionnement.
De plus, les décisions du Fonds stratégique pour l’innovation comportent des délais longs et imprévisibles, ce qui fait du Canada une juridiction difficile pour la croissance. Les entreprises qui cherchent à se développer rapidement et qui subissent des pressions concurrentielles sont contraintes de s’établir dans d’autres pays capables de répondre à leurs besoins, même si elles étaient initialement attirées par le Canada. Des processus décisionnels plus rapides et prévisibles sont nécessaires pour suivre le rythme de nos concurrents.
Pour remédier à ces enjeux, nous recommandons que le Canada :
Recommandation 1 : Accélère les délais et établisse des échéances prévisibles pour les décisions de financement dans le cadre du Fonds pour l’accélérateur net zéro.
Recommandation 2 : Veille à ce que le Fonds pour l’accélérateur net zéro soit accessible aux projets des segments en amont et intermédiaires de la chaîne d’approvisionnement des batteries (par exemple, traitement des minéraux, production de matériaux précurseurs et fabrication de cathodes/anodes) afin de compléter les activités régionales de fabrication de cellules, d’assemblage de véhicules électriques et de recyclage des batteries.
II. Accélérer la découverte et le développement de nouvelles productions de minéraux pour batteries
La Banque mondiale prévoit une augmentation pouvant atteindre 500% de la production de plusieurs minéraux et métaux nécessaires à la fabrication des technologies propres — y compris les batteries de véhicules électriques — essentielles pour limiter l’élévation de la température mondiale à deux degrés Celsius.
Le Canada est l’un des rares pays au monde où tous les minéraux clés pour les batteries — y compris le nickel, le cobalt, le manganèse, le lithium et le graphite — se trouvent à des concentrations économiquement exploitables, et où la production figure parmi les moins intensives en carbone à l’échelle mondiale.
L’éloignement des gisements pose des défis. Plus de la moitié du nickel et du cobalt canadiens — deux métaux représentant 60 à 80% des batteries actuelles de véhicules électriques — est extraite dans des mines hors réseau fonctionnant au diesel, à un coût plus élevé. Des recherches ont montré que l’exploration en régions éloignées est de 2 à 6 fois plus coûteuse, la construction de mines de 2 à 2,5 fois plus coûteuse, et l’exploitation jusqu’à 60% plus coûteuse que dans les régions non éloignées. Relever ces défis nécessitera le développement d’infrastructures clés, de technologies zéro émission et de sources d’énergie propre dans le Nord canadien, soutenant ainsi le développement de la chaîne de valeur en amont et des communautés locales.
À l’avenir, pour maintenir la part actuelle du Canada dans la production mondiale de nickel conformément aux projections de la Banque mondiale, sept nouvelles mines, deux fonderies et une raffinerie devront être mises en service. Pour les autres minéraux critiques, des ambitions encore plus grandes seront nécessaires. Bon nombre de ces mines nécessiteront des approbations en vertu de la Loi sur l’évaluation d’impact avant leur construction. Le développement des capacités canadiennes dans les segments en amont et intermédiaires — tels que les matériaux et composants de batteries — peut alimenter la production nationale en aval de cellules et de véhicules électriques.
Pour relever ces défis et positionner notre production de matériaux comme pierre angulaire de la chaîne de valeur nord-américaine des véhicules électriques, le gouvernement du Canada devrait :
Recommandation 3 : Doubler le crédit d’impôt pour l’exploration minière des minéraux critiques afin de soutenir la prochaine génération de mines et de prioriser l’exploration des minéraux pour batteries.
Recommandation 4 : Créer un environnement politique et d’investissement reconnaissant le rôle essentiel des mines de minéraux critiques hors réseau dans la décarbonation axée sur les batteries, notamment par l’établissement d’un fonds dédié à la décarbonation industrielle hors réseau adapté aux réalités uniques de l’Arctique canadien.
Recommandation 5 : Veiller à ce que la Loi sur l’évaluation d’impact soit mise en œuvre de manière à offrir une plus grande prévisibilité et des délais accélérés tant pour l’autorisation des nouvelles mines que pour les installations de fabrication à valeur ajoutée de minéraux, de métaux et de matériaux pour batteries, tout en respectant les normes environnementales, sociales et de gouvernance les plus élevées, y compris la consultation et le partenariat avec les peuples autochtones.
III. Développer le marché intérieur des véhicules électriques, des batteries et de leurs intrants
L’adoption des véhicules électriques au Canada est en retard par rapport à d’autres marchés comme l’Union européenne et la Chine. Alors que les véhicules électriques représentent actuellement 5% des ventes de véhicules neufs au Canada, des pays comme le Royaume-Uni et l’Allemagne atteignent respectivement 23% et 30% au cours des derniers mois. Le Canada doit faire davantage pour rattraper ce retard.
Plus précisément, nous recommandons que le gouvernement fédéral :
Recommandation 6 : Investisse des ressources supplémentaires dans le programme de rabais iZEV à un niveau proportionnel aux investissements des États-Unis.
Le Canada a l’occasion de s’établir comme un acteur majeur de l’industrie mondiale des batteries, mais la fenêtre d’opportunité est immédiate.
Nos recommandations portent sur des mesures concrètes que le Canada peut adopter dans le budget fédéral de 2022. Elles devraient s’inscrire dans un plan d’action stratégique sur les batteries ou une stratégie nationale qui identifie les domaines où le Canada est le mieux positionné pour concurrencer, concentre les efforts et coordonne les politiques et investissements pour développer ces secteurs. Il s’agit de l’approche adoptée par nos principaux concurrents et partenaires commerciaux, notamment les États-Unis et l’Union européenne.
En tant que principale voix de l’industrie sur le développement de la chaîne d’approvisionnement des batteries au Canada, le Groupe de travail canadien sur les batteries est prêt à fournir tout soutien ou conseil supplémentaire afin d’aider le Canada à pénétrer ce marché mondial en pleine croissance.
Veuillez agréer, Madame la vice-première ministre, l’expression de nos salutations distinguées.
Membres du Groupe de travail canadien sur les batteries
Matt Beck, Battery Metals Association of Canada/Delphi Group
Daniel Breton, Electric Mobility Canada
Angelo DiCaro, Unifor
Moe Kabbara, Dunsky Energy Consulting
Joanna Kyriazis, Clean Energy Canada
Jean-Christophe Lambert, Lithion Recycling
Camille Lambert-Chan, Propulsion Quebec
Brendan Marshall, Mining Association of Canada
Frank So, E-One Moli Energy (Canada)
Adrian Tylim, Blue Solutions